Communiqué du Patriarcat Grec-Orthodoxe d'Antioche

Beyrouth - Le 4 juin 2013 - Sa Béatitude le Patriarche Jean X s'est rendu à Istanbul, du 31 mai au 4 juin 2013, pour une visite irénique ecclésiale à son frère, Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée, au Patriarcat OEcuménique, à Istanbul, pour affirmer leur communion dans la foi et l'unité de l'Eglise Orthodoxe et la nécessité de renforcer les relations entre les Eglises. La délégation accompagnant Sa Béatitude était composée de :- S. E. Elias (KFOURY), métropolite de Tyr et Sidon,- S.E. Saba (ESBER), métropolite de Bosra et du Hauran,- S.E. Ephrem (MAALOULI), évêque de Séleucie et Directeur du Cabinet patriarcal,- Révérend archimandrite Silouane (ONER),- Révérend père Michel (NAJM) ,- Révérend diacre Gérasimos (KABBAS),- Révérend diacre Porphyrios (GORGI),- L'ancien ministre Docteur Elie SALEM et Président de l'Université de Balamand,- Monsieur Georges NASHAWATI,- Monsieur Raymond RIZK,- Messieurs Carol SABA et Taki LOUKA, chargés de la communication.
A l'occasion du retour de Sa Béatitude le Patriarche Jean X à Beyrouth, à la fin de la visite officielle, il importe au Patriarcat d'Antioche d'exprimer ses remerciements au Patriarcat OEcuménique et de partager avec l'opinion publique et les fidèles orthodoxes antiochiens, dans l'Eglise mère et les pays de la diaspora, les détails de cette visite ecclésiale irénique ainsi que les résultats suivants :
1. Cette visite a touché plusieurs domaines dont les relations entre les deux patriarcats OEcuménique et Antiochien et plus généralement les relations entre les orthodoxes entre eux et avec les chrétiens. Elle a été marquée par un climat de paix. Elle a été l'occasion d'un dialogue transparent, basé sur un esprit constructif de fraternité chrétienne, qui a abordé nombre de problèmes. Tant par les discussions que par les célébrations, en particulier la Divine Liturgie du dimanche 2 juin dans la cathédrale saint Georges, au Phanar, siège du Patriarcat OEcuménique, cette visite a incarné les liens de communion et de charité entre les deux Patriarcats. Dans l'allocution prononcée durant la Liturgie, Sa Béatitude le Patriarche Jean X a longuement parlé des relations historiques entre les deux Patriarcats, de l'apport apprécié d'Antioche à la vie de l'Eglise universelle, par des Pères qui ont été à l'origine d'un rayonnement théologique et spirituel important. Il a confirmé, que malgré les difficultés majeures et les tragédies que vit actuellement l'Eglise d'Antioche, elle fera revivre l'héritage de tous ces Pères. Il a aussi abordé le rôle de paix, d'unité, de tolérance et d'acceptation de l'autre, joué à travers l'histoire, par l'Eglise orthodoxe d'Antioche, et qu'elle compte poursuivre. Plus généralement quant au monde orthodoxe, il a évoqué les nombreuses responsabilités de l'ensemble de l'Eglise Orthodoxe dans le monde d'aujourd'hui, et a insisté sur la nécessité des échanges et des consultations permanentes sur les points d'intérêt commun dans ‘l'esprit de l'Evangile et non l'esprit de ce siècle'. Il a rappelé que la primauté selon l'enseignement du Christ, est une primauté dans le service, en insistant sur la nécessité de dépasser toutes les considérations ethniques et nationales. Evoquant les travaux préparatoires au Grand et Saint Concile Pan Orthodoxe, il demanda que son agenda ne soit pas limité aux relations avec les non-orthodoxes et avec le monde, ainsi qu'aux problèmes relatifs à l'exercice de l'autorité et du pouvoir dans l'Eglise, mais soit élargi ‘car le monde attend de l'Eglise Orthodoxe une parole prophétique contribuant à retrouver le sens de son existence'. De plus, Sa Béatitude a insisté sur l'importance de la communication entre les chefs d'Eglises Orthodoxes pour discuter de tout ce qui empêche l'Orthodoxie de témoigner dans le monde d'aujourd'hui, proposant ainsi qu'ils se réunissent régulièrement de façon permanente. Il a mis en garde contre la ‘croissance de l'esprit ethnique' dans l'Eglise, ce qui est en flagrante opposition avec les décisions du Concile orthodoxe réuni à Istanbul, en 1872, qui a condamné le phylétisme. Il a, de plus, affirmé l'importance de l'unité entre les chrétiens comme élément nécessaire du témoignage chrétien de nos jours, indiquant à cet égard qu'il faut ‘dire des paroles et faire des actes prophétiques pour rendre au peuple de Dieu l'espérance de voir l'unité se réaliser dans un avenir prévisible'. Il a parlé aussi du dialogue entre les religions et de la nécessité de réfléchir sur l'avenir de la coexistence entre elles, en soulignant l'importance du renforcement des relations avec les musulmans, rappelant à cet égard que l'Eglise d'Antioche est l'Eglise des Arabes, dont la majorité sont des musulmans. Il a insisté sur la nécessité d'une résolution pacifique du conflit syrien, appelant à combattre l'extrémisme et lançant de nouveau un appel au monde pour oeuvrer à la libération des deux évêques d'Alep, Paul (YAZIGI) et Jean (IBRAHIM) qui sont en captivité depuis le 22 avril. Il a terminé son allocution en conviant tous les chrétiens, quelle que soit leur appartenance ecclésiale, à se mettre au service des pauvres, des faibles et de tous ceux qui sont soumis à la violence qui ne fait qu'augmenter partout dans le monde, et en particulier dans nos pays, rappelant une parole de feu le Patriarche Ignace IV qui avait déclaré à propos du rôle des orthodoxes d'Antioche, que ‘nous sommes conviés à essuyer les larmes de tous ceux qui pleurent'.
2. Le sujet du fonctionnement des Assemblées épiscopales orthodoxes dans les pays de la diaspora fut également abordé. Quant au différend entre le Patriarcat d'Antioche et celui de Jérusalem, qui prétend que l'Emirat du Qatar et les pays du Golfe Arabique relèvent de sa juridiction canonique ecclésiale, et ce en contradiction flagrante avec les Canons et l'histoire, le Patriarche Jean ainsi que ladélégation qui l'accompagnait, ont expliqué longuement la juste position du Patriarcat d'Antioche, exprimant le regret que des Eglises Orthodoxes soient forcées dans cet Orient meurtri et interpellé par de graves dangers et divers défis, d'affronter de telles disputes ‘dont on se serait passées'. Tout en insistant sur l'esprit d'amour et de communion qui doit prévaloir dans les relations entre les Eglises soeurs, le Patriarche a affirmé de nouveau la position dûment justifiée, documentée et bien fondée du Patriarcat d'Antioche, et qui n'entend pas ne pas défendre ses droits. De son côté, le Patriarcat OEcuménique manifesta sa compréhension de la position antiochienne, et il a été décidé que le Patriarcat OEcuménique poursuive de son côté l'affaire le plus rapidement possible avec le Patriarcat de Jérusalem, afin de parvenir à une solution qui remet les choses à l'endroit et éloigne les dangers et les conséquences d'un accroissement des tensions entre les deux Patriarcats, que personne ne désire voir.
3. L'affaire de l'enlèvement des deux évêques et d'autres personnes enlevées, situation qui afflige le Patriarcat d'Antioche et l'ensemble de l'Eglise, prit une part importante des discussions entre les deux patriarcats. Après avoir exposé les détails de cette affaire et les dangers et les conséquences qui s'y rattachent, le Patriarche Jean demanda au Patriarche OEcuménique qu'il poursuive son soutien dans les contacts en cours auprès des instances régionales et internationales en vue de la libération des deux évêques. Pour sa part, le Patriarcat OEcuménique affirma sa solidarité fraternelle avec le Patriarcat d'Antioche, face à cette douloureuse épreuve, et confirma qu'il effectue les contacts nécessaires de son côté pour regrouper les efforts déployés en vue de la libération des deux évêques d'Alep et leur retour, sains et saufs, à l'Eglise.A l'occasion de cette visite patriarcale, la délégation antiochienne ainsi que le Patriarche OEcuménique ont rencontré le Gouverneur de la ville d'Istanbul qui les accueilli et, tout en évoquant avec eux divers sujets, a exprimé les voeux de voir les évêques libérés ainsi que toutes les autres personnes enlevées, et le retour de la paix de nouveau dans la région. Lors de la visite patriarcale, des rencontres ont eu lieu également avec les Consuls de Grèce et de Russie.

10/06/2013, 14h42