Saint Christophe

Christophe dérive des mots grecs Kristos et phorein, celui qui porte le Christ, allusion à un géant légendaire initialement nommé " Réprouvé " qui aurait aidé l'enfant Jésus à traverser une rivière. Autrefois, il passait pour mettre à l'abri des maladies quiconque voyait sa statue. Il est aujourd'hui considéré comme le patron des voyageurs.
Saint Christophe est fêté en Orient le 9 mai et en Occident le 25 juillet ou (assez récemment) le 21 août.

Étymologiquement : Christopher signifie "porteur de Christ". Ce Saint légendaire de l'Église (patron et protecteur des voyageurs) évoque le portage de l'enfant et qui plus est, par un homme, qu'on imagine bien volontiers être le père. Le portage paternel est différent du portage maternel. C'est un portage moins contenant, plus viril, qui rappelle la scène imaginaire de la reconnaissance de l'enfant, tenu sous les aisselles, élevé au dessus de l'assistance et présenté à tous. C'est donc un portage destiné à présenter l'enfant au monde. Mais c'est aussi un portage dans l'idée de présenter le monde à l'enfant. Lui, le plus petit de tous, se retrouve ainsi sur les épaules de son père, accroché à sa chevelure, plus haut que tous, accédant à une vue panoramique du monde. C'est une des interprétations possibles de la présence du globe terrestre dans les mains de l'Enfant Jésus, perché et triomphant sur les épaules de Saint Christophe : un homme, immense et rassurant, grand voyageur, en témoigne son bâton de pèlerin, fait le récit de sa connaissance du monde à l'enfant, le tenant bien haut à l'abri des dangers, et lui ouvre les portes de la connaissance.

Iconographie : Icône orthodoxe représentant St Christophe en cynocéphale (homme à la tête de chien). Saint Christophe est communément représenté par un homme traversant un cours d'eau et portant un enfant sur l'épaule, l'enfant figure le Christ. L'iconographie s'est élargie en certain lieux : certaines icônes d'église orientale le représentent tel un homme à tête de chien avec à la main un crucifix : Christophoros, expliquant ainsi qu'il est un passeur permettant de voyager d'une rive à une autre. C'est par une interprétation trop littérale du nom donné à cette tribu : Kynoprosopoi ("têtes de chien"), que certains iconographes tardifs ont représenté, à tort, le Saint avec une tête de chien.
Sur un plan symbolique, cette représentation fait le lien avec l'iconographie égyptienne représentant le dieu Anubis passeur des âmes après la mort. Il peut également être relié à la mythologie gréco-romaine avec Charon, le passeur des âmes défuntes sur le fleuve du Styx.

Historiquement : Saint Christophe, s'il a jamais existé,  n'a jamais pu rencontrer le Christ. En effet, Saint Christophe, d'après la tradition, était  un cynocéphale (homme à la tête de chien) qui, capturé au IIIème siècle par les Romains, se convertit et mourut héroïquement en défendant la population chrétienne de Rome persécutée par l'empereur Decius (249-250).
La légende de Saint André rapporte qu'au VIème siècle il réussit à convertir, au confins de l'empire romain, un géant à tête de chien, cannibale de surcroît, le bien nommé "Abominable", qui devint son garde du corps.
On retrouve dans ces deux légendes l'imaginaire des géants, ogres mangeurs d'enfants, bien proches de la figure de la paternité terrifiante qu'est Cronos, qui lui, avait quand même la délicatesse de ne manger que les siens. Le Père Fouettard doublure et accompagnateur du Père Noël ou de Saint Nicolas dans les légendes européennes doit aussi faire partie de la famille, tout comme le redoutable Croque-mitaine ou le Loup. La légende de la lycanthropie rejoint cet imaginaire de l'homme qui n'est jamais tout à fait à l'abri de se voir transformé en bête sauvage, dangereux pour ses semblables. L'actualité et la clinique nous le rappellent trop souvent.

14/04/2008, 09h08