Lecture Roman

Le chemin de la foi Dans cet article, nous allons vous proposer la lecture d'un roman assez spécial. En effet l'auteur (Eric-Emmanuel Schmitt) nous plonge dans la conscience d'homme (Ponce Pilate) qui tente de découvrir une vérité et qui finalement découvrira bien plus que cela.
Chez Eric-Emmanuel Schmitt, le philosophe, l'auteur dramatique et l'écrivain ont uni leurs talents pour concevoir cette partie d'échecs qui contraint à chaque instant à juger les coups et à chercher la réplique. L'Evangile selon Pilate ne révèle pas une nouvelle preuve de l'existence de Dieu. Mais il fournit la preuve de la validité du roman, de l'écriture, pour renouveler à l'infini notre regard et notre compréhension du monde.

L'évangile selon pilate.
Nous sommes à Jérusalem, au jardin des Oliviers, il y a 1967 ans. L'homme qui parle aux cent premières pages du livre s'appelle Yéchoua, c'est-à-dire, en hébreu, Jésus.
Un homme est là, qui attend. Toute la ville chuchote qu'on va l'arrêter. Les soldats croient le surprendre. Ils cherchent un accusé. Ils trouveront un complice, qui sait déjà qu'il va être capturé, condamné et tué. C'est ce qu'il a voulu et c'est ce qu'il a décidé.
Son histoire, nous pensions la connaître. Elle reste toujours à réinventer. Cette "confession d'un condamné à mort, le soir de son arrestation" retrace le parcours de l'enfant rêveur de Nazareth surnommé par les rabbins "Yéchoua aux milles questions", qui se donne tout entier à l'amour de l'humanité, devient un sage dont les conseils refusent toute orthodoxie, fuit les faux messies, jusqu'au jour où, au bord du Jourdain, le prophète Yohanân (jean batiste) reconnaît en lui "l'élu de Dieu".
L'originalité de ce récit superbement mené consiste à libérer Jésus d'une contrainte extérieure du type : Dieu le veut ! C'est lui-même qui assume librement le risque de vérifier son éventuel statut divin. Cette confession n'est qu'un prologue.

Le roman peut commencer (C'est un roman policier)
En 25 lettres à son frère, Ponce Pilate va tenter de résoudre "l'énigme du cadavre manquant". Sa première lettre ne laisse rien prévoir. Pilate, soulagé, constate que les trois jours de la Pâque juive, seul moment de l'année où l'ordre est menacé à Jérusalem, se sont déroulés sans encombre, au prix, modeste, de quinze arrestations et trois crucifixions. Tout change quand surgit le centurion Burrus, clamant "le corps a disparu".

Ce corps, c'est celui de Yéchoua, l'un des crucifiés, ce trublion que Pilate a été contraint d'envoyer au gibet. Il s'agit de retrouver ce cadavre avant que quelques factions, inspirées par exemple par le grand prête Caïphe, ou par Hérode Antipas, gouverneur de la Galilée, ne déclenchent des troubles. Mais les recherches sont vaines, et Caïphe et Hérode s'inquiètent de cette disparition tout autant que le préfet. La situation empire quand deux femmes prétendent avoir rencontré Yéchoua et lui avoir parlé. Ce sont sans doute de faux témoins.

Mais en voici d'autres, ceux-là insoupçonnables. C'est donc que quelqu'un a pris le masque de Yéchoua, joue son rôle. Cette hypothèse à son tour s'envole en fumée. S'il est vivant, c'est donc qu'il n'a jamais été mort, car la résurrection, cela n'existe pas. L'enquête médicale confirme d'abord cette hypothèse, mais il faut y renoncer quand Pilate manque de mourir asphyxié pour quelques minutes passées dans le tombeau où le Christ a passé deux jours et deux nuits. Et d'ailleurs, de cette mort, une femme se porte garant. Elle était là. Elle a tout vu. C'est Claudia Procula, l'épouse du préfet...

Policière, politique, métaphysique, l'enquête de Pilate est menée avec une rigueur qui peut être qualifiée de cartésienne, car fondée sur la richesse instrumentale du doute. Pour avoir vainement exploré toutes les issues possibles, Ponce Pilate est poussé, peu à peu, par les voies de la raison à rejoindre le chemin de la foi.

Parti à la recherche de sa femme, qui a suivi les disciples de Yéchoua, Pilate, en route vers le Jourdain, se mêle à ces hommes et ces femmes qui dessinent un poisson dans le sable en signe de reconnaissance. Son amour pour Claudia le mènera vers l'amour plus universel porté par cette religion naissante.

Nous savons que chacun des quatre évangiles a été écrit pour une communauté chrétienne particulière. Par exemple, Matthieu a rédigé son évangile pour les judéo-chrétiens de Palestine, alors que Luc l'a composé pour les pagano-chrétiens. À qui est destiné cet évangile selon Pilate? Probablement à nous, chrétiens occidentaux du début du XXIe siècle, afin de nous rappeler que, malgré nos prétendues certitudes, nous avons encore besoin de Dieu...
Alors, Pilate va-t-il devenir chrétien ? À lire...

P.S : notez que ce livre n'est qu'un roman historique.

23/06/2008, 09h16